Renault va céder Viry-Châtillon à Dumarey : le symbole F1 du Losange sort du groupe
- Renault cède Alpine Racing SAS à Dumarey, avec reprise des actifs du site et d’environ 150 salariés à Viry-Châtillon.
- Le virage découle de l’arrêt des moteurs F1 Renault après 2025 et d’une économie annoncée d’environ 120 millions d’euros par an.
- Viry a porté 12 titres constructeurs et 11 titres pilotes, mais la reconversion Hypertech Alpine n’a pas trouvé ses débouchés.
Renault tourne officiellement la page de Viry-Châtillon. Le constructeur a annoncé, jeudi 22 octobre 2026, avoir signé un accord prévoyant la cession d’Alpine Racing SAS au groupe belge Dumarey, avec reprise des équipes et des actifs nécessaires à l’activité du site essonnien.
Le projet, présenté aux représentants du personnel lors d’un CSE extraordinaire, concerne environ 150 salariés encore présents à Viry. La transaction n’est pas finalisée : elle reste soumise à la procédure d’information-consultation et aux autorisations réglementaires. Selon Auto Plus, une source proche du dossier évoque le maintien des salaires et avantages sociaux pendant 24 mois.
Un site chargé de victoires
Pour les amateurs de Formule 1, Viry n’est pas un site comme un autre. C’est là que Renault a construit une bonne part de sa légende moteur, des années turbo aux V10 et V8 victorieux, avec notamment les titres de Williams, les deux couronnes de Fernando Alonso chez Renault et la domination Red Bull-Renault du début des années 2010. Au total, les moteurs issus de cette culture technique ont accompagné 12 titres constructeurs et 11 titres pilotes.
Cette cession est la conséquence directe du choix acté en 2024 : Renault a renoncé à développer ses propres moteurs de F1 après la saison 2025. Alpine court désormais avec une motorisation Mercedes à partir de 2026, une décision qui devait permettre, selon Le Journal de l’Automobile, d’économiser environ 120 millions d’euros par an. Renault conserve en revanche son écurie Alpine F1, basée à Enstone au Royaume-Uni, concentrée sur le châssis, l’aérodynamique et l’assemblage de la monoplace.
La reconversion n’a pas pris
Le problème, c’est que la reconversion promise à Viry n’a pas vraiment pris. Renault avait lancé le projet Hypertech Alpine, avec l’idée de réorienter les compétences vers une future supercar, les batteries de sportives électriques, les cellules à très haute densité énergétique, voire les moteurs électriques hautes performances. Sur le papier, le scénario cochait toutes les cases de l’industrie automobile moderne. Dans les faits, les débouchés ont tardé, certains programmes auraient été stoppés selon les représentants du personnel cités par Le Journal de l’Automobile, et les effectifs sont passés d’environ 350 salariés au moment de l’annonce de l’arrêt du moteur F1 à moins de 150 visés après un plan de départs.
Dumarey promet de replacer Viry sur son terrain naturel : l’ingénierie de haut niveau. Le groupe familial belge travaille dans les moteurs, les systèmes de stockage d’énergie et les prestations d’ingénierie. Il dit vouloir développer ses activités dans le sport automobile en s’appuyant sur les compétences locales en propulsion hybride et électrique, simulation, logiciels et bancs d’essais. C’est cohérent avec l’ADN du site, mais cela suppose de trouver rapidement des clients et des programmes solides.
Dumarey sous surveillance
La prudence s’impose d’autant plus que Dumarey sort d’une année difficile en France. Le groupe a annoncé en 2026 la fermeture de son usine Dumarey Powerglide de Strasbourg, avec 320 emplois restants supprimés, puis l’arrêt du site d’Andrézieux-Bouthéon, repris à ZF, qui employait environ 260 personnes. Ces usines ne faisaient pas le même métier que Viry, davantage tourné vers l’ingénierie, mais le précédent pèse forcément dans les esprits.
La prochaine étape sera donc sociale et réglementaire avant d’être industrielle : consultation des représentants du personnel, feu vert des autorités, puis clarification du carnet de commandes. Viry a encore des compétences rares ; reste à savoir si Dumarey pourra leur donner autre chose qu’un prestigieux passé à entretenir.